Ebola tue le social

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Des citoyens libériens à la vue d’un cadavre mort d’Ebola

Vendredi dernier, j’avais décidé de me reposer. Je suis resté au lit jusqu’à midi, mon petit laptop à mes côtés, connecté au monde, je me suis difficilement aperçu que je risquais de rater la grande prière du Vendredi. Alors j’ai vite filé dans ma salle de bain  et quelques minutes juste après, me voilà. Véritable relooking, comme me le dirait l’autre. Je suis sapé comme le premier imam de la petite mosquée de mon secteur. Sous un soleil de plomb,  égrenant mon chapelet, je me dirige au lieu de prières où la prêche de l’Imam, de loin déjà, me parvenait.Je n’avais pas un outil pour mesurer la température qu’il fait.  Ah ce soleil. Il donne l’impression d’être envoyé par le Très Haut, pour jauger notre foi. Oui  » jauger  » si l’on craint Lui, Dieu. Sûrement, si c’était le cas, Allah Soubhanna Watahalla connait bien mes intentions. J’ai bravé ce rebelle de soleil et ses rayons  de lasers qui donnent des graines à moudre à mes yeux. Je fais vite mes deux rakats et je prends place, aux cotés de plusieurs fidèles, pas retardataires comme moi. Le sermon de ce vendredi portait sur les principes de l’Islam, ses rites et les croyances. J’ai voué une attention particulière à chaque phrase du Mollah. Au cimetière,  beaucoup de récitations faites par les musulmans, ne devraient pas avoir lieu. L’Imam fait un parallèle entre les pratiques religieuses au temps du Prophète Mahomet et celles d’aujourd’hui, surtout en ce qui concerne l’accompagnement du mort à sa dernière demeure. Des idées ont tournoyé dans ma tête, franchement. Puisqu’il s’agit de mort, on en avait un, et  sur quel cadavre il fallait prier. La Grande prière est finie. Tous les fidèles sont invités à la prière sur le mort.

Avant, surtout que les religieux ne manquent pas d’occasions pour rappeler les bénéfices à tout croyant qui assiste à une telle prière, on voyait du monde. Ce vendredi, j’étais stupéfait de voir que beaucoup de mes coreligionnaires avaient filé à l’Anglaise. J’avais du mal à comprendre. La fièvre Ebola m’est venue illico à l’idée, alors là suis revenu sur terre.

Le monde qu’on avait au niveau de cette mosquée pendant la prière s’est divisée en trois. Le tiers qui est resté est probablement les gens de la famille du défunt. Nous sommes restés, on fuyait ce cadavre, couché pourtant devant nous, inerte. Il n’était pas mort de la fièvre hémorragique à virus Ebola, le monstre qui a décidé de réduire la démographie de l’Ouest africain. Loin s’en faut. Mais on continuait encore à fuir ce cadavre de jeune homme. Pire, ceux qui sont partis l’accompagner aussi au cimetière, étaient moins importants que ceux qui ont priés sur le corps. Des habitudes sociales prennent un véritablement coup en Guinée, à cause de ce virus maudit d’Ebola.  Chez nous, on respecte pourtant les morts et on les accompagne bien.

Face même à une personne inconnue, les poignées de mains étaient fréquentes. En temps d’Ebola,  on ne serre pas n’importe qui. On se donne moins d’accolades de nos jours. J’ai été très gêné lorsqu’une amie m’a refusé, poliment, une poignée de mains, à l’entrée d’une banque.  » Tu ne sais pas qu’il y a Ebola », m’a-t-elle lancé, sourire aux lèvres.  Son argument était solide, j’ai renoncé à ne pas lui faire des reproches.

Le transport public, c’est le dada de mes concitoyens. En temps d’Ebola, ceux qui n’ont pas leurs propres voitures se sentent exposés. A bord d’un taxi de Conakry, la dernière semaine, parlant d’Ebola, une fille, passagère comme moi, semblait éviter le contact des autres passagers. Elle voulait garder la distance. Malheureusement, dans les taxis de Conakry, c’est comme les boites de sardines. Il faut être à quatre, derrière le chauffeur. Des messages de sensibilisation, les vrais qui ne paniquent pas, mais rassurent, sont moins nombreux, à dire vrai.

Un épistémologiste américain, est le premier qui m’a vraiment  » lavé le cerveau » à propos de cette fièvre hémorragique qui a causé plus de 4.000 décès au monde, principalement dans mon pays la Guinée Conakry, au Libéria et en Sierra-Léone voisins. Les statistiques de la Guinée, en date du 11 octobre font état de  1405 cas dont 808 décès…

Dr Kinzer travaille pour CDC Atlanta et avait effectué un séjour de six semaines en Guinée. On lui avait demandé s’il n’avait pas été infecté par ce virus.

Je ne suis pas inquiet. Je n’ai pas de risque de l’attraper, même si j’ai circulé, résidé à Conakry et serré des mains! Ebola est une maladie effrayante mais difficile à attraper. Les personnes qui ont été contaminées ont eu un contact intime avec un malade »a-t-il répondu.

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